Le "Café des Philosophes"
Chaque premier dimanche du mois, de 16 h à 18 h
à "La Rafale" le 5 décembre 1999
Granville Haute-Ville
Thème :
L’autorité
L’autorité corrompt, l’étourdi ne deviendra jamais réfléchir en suivant quelqu’un d’autre, si grand et si noble soit-il. Est-ce coopérer que de se conformer à une autorité bienveillante ou tyrannique ?
La coopération peut-elle exister quand existe l’envie d’être reconnu, le désir de réussir, d’acquérir, la soif du pouvoir personnel ou collectif, la recherche de domination, ainsi que la peur de l’échec ou de la punition ?
Plus nous avons conscience d’être dans l’égarement et la confusion, plus nous sommes désireux d’être guidés et informés; c’est ainsi que l’autorité se fonde au nom d’un État, d’une religion, d’un maître ou d’un leader politique. Il n’y a pas d’intermédiaire entre nous et la réalité, s’il s’en présente un, méfions-nous, il ne peut pas connaître notre vérité, ni nous dicter ce que nous devons faire ou ne pas faire.
Ce qui est important n’est pas de découvrir qui détient l’autorité, mais pourquoi nous le suivons. La confusion est en nous, c’est nous qui l’y avons mise, et c’est à nous seuls qu’il appartient de la balayer.
Tant que nous désirerons devenir quelque chose ou quelqu’un, sur quelque plan que ce soit, nous serons condamnés à la douleur et à la confusion. Établir une autorité, se conformer à une autorité, c’est refuser de comprendre soi-même. Lorsqu’il y a compréhension il y a liberté, et la liberté ne se donne ni ne s’achète. Ce qui s’achète peut être perdu, ce qui se donne peut être repris; aussi l’autorité et la peur vont-elles de paire. La peur ne prend fin que lorsque cesse le désir de devenir.
Pour nous comprendre afin de produire un changement radical dans la structure de notre mental, nous n’avons pas besoin ni d’une autorité millénaire ni de celle d’hier, car nous sommes des êtres vivants, toujours en mouvement dans l’existence, toujours changeants. Être libre de toute autorité, de la nôtre et de celle d’autrui, c’est mourir au passé, de sorte que l’esprit est toujours frais, toujours jeune, innocent, plein de vigueur et d’attention au présent. C’est alors seulement que l’on observe et que l’on apprend.
Dans la recherche de la connaissance de soi, le "maître" n’a aucune autorité, son devoir est de dissiper l’ignorance, et non d’ajouter son ignorance à la vôtre. Lorsqu’il nous dit d’observer cela ne lui donne pas de l’autorité, il nous demande de partager son observation. Nous sommes seuls à regarder, personne ne peut voir pour nous.
Si quelqu’un nous dit ce que nous devons ou ne devons pas faire, c’est que nous n’avons pas la capacité de la découvrir nous-mêmes et devenons esclaves dès le début, nous perdons notre liberté. Celle-ci ne se trouve pas après, mais au commencement de l’enseignement de l’observation active sans jugement. Ce jugement est une autorité intérieure issue des expériences passées. Le passé est mort et la mort est la fin de ce qui est vivant.
Elvé
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